DIPTYQUE DE LA NUIT

Turns OFF the sea – Désactive la mer

TURNS OFF THE SEA

Désactive la mer

Romains de la décadence – Thomas Couture – 1847 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt


Après mettre intéressé à réparer le contact humain post-covid avec le projet Big Big HUG – réparez les lieux, j’ai eu envie de creuser la question de la réparation au sein d’une relation de couple, du moins entre deux personnes qui partagent une intimité qu’elle soit sentimentale ou non.

Hasard des choses je relis à peu près en même temps La maladie de la mort, de Marguerite Duras dont voici le « Wikipitch » :

« Un homme paye une femme pour que, pendant plusieurs jours, elle s’allonge nue dans un lit, dans une chambre face à la mer noire et se soumette. Il essayera d’aimer. Elle le fait, il la regarde dormir, la touchera, dormira et pleurera contre elle. Puis elle lui pose des questions auxquelles il ne répond que brièvement. Elle lui dit qu’il est atteint de la maladie de la mort, qu’elle l’avait reconnue dès le début. Au bout de plusieurs nuits, il pleure sur lui-même et elle parvient à lui faire dire que c’est parce qu’il n’aime pas. Elle lui dit de ne plus pleurer sur lui-même. Peu à peu, elle prend le contrôle, mais sans paraître le vouloir, comme s’il lui laissait peu à peu le contrôle. Puis, un jour, elle ne revient plus et ne reviendra jamais. »

Je le relis avec des yeux nouveaux. Des yeux de quarantenaire d’abord qui ont traversé des histoires affectives. Et puis je songe à quel point il fait écho à une histoire que j’ai écris il y a quelques années : Pourquoi l’eau des yeux est-elle salée ? J’y racontais une histoire d’amour à sens unique, une obsession amoureuse d’un homme pour une strip-teaseuse qui, incapable de l’accepter libre, finissait par la tuer. Et puis je pense à un procès qui se déroule au moment même où j’écris ces lignes et qui fera date tant il est capital : « L’affaire des viols de Mazan » qui expose au jour la face sombre d’une masculinité nocive entretenue de manière systémique et destructrice pour les femmes. Ces 2 fictions et les faits de cette histoire sordide ne raconte pas la même chose, mais il y a dans chacune d’elle la face sombre d’un homme qui agit au dépend d’une femme.

Qu’est-ce qui pousse une partie de l’humanité à vouloir asseoir un pouvoir de domination sur une autre partie ? Pourquoi la violence est-elle cultivée au sein de la sexualité masculine ? Est-elle spécifiquement hétéro ? Est-elle interdépendante du désir masculin ? En lisant Grisélidis Real, qui vivait la prostitution comme une mission de service public, on trouve des éléments de réponses. Il me semble que c’est du côté des travailleuses du sexe que se révèle au grand jour cette face violente, ce désir de possession qui s’exprime. Mais on ne peut pas parler de prostitution, sans faire l’impasse sur l’exploitation non consenti du corps des femmes.

Récemment j’ai rencontré des artistes du cabaret nantais Plaisirs Burlesques. En les voyant sur scène, je me suis rendu compte à quel point c’était pour elles.eux l’endroit de l’expression, de la mise à nu et pour certains.nes l’endroit de la réparation. Voilà des gens qui utilisent leurs corps et évidemment leur écriture scénique, comme un outils d’émancipation et de liberté.

Mon projet sera celui-ci : un dytique, une double fenêtre avec d’un côté une belle histoire d’amour, celle de deux personnages qui se trouveront au milieu de nulle part et se répareront ensemble. Et puis une autre fenêtre, plus sombre et dramatique sur la possession, l’emprise et la domination. Ces deux films constituerons le diptyque de la nuit. Le premier sera comme un film plus classique, le second beaucoup plus expérimental.

AGENDA :
Automne 2026 : Résidence d’écriture.
Recherche de financements et de partenaires.